L’ostéopathie et le patient

Le patient, adepte de médecines naturelles, ne peut admettre qu’il existe deux médecines, l’une officielle, l’autre parallèle, l’une reconnue et l’autre sans statut.

En 1985, un rapport adressé au Ministère de la Santé sur “Les Médecines Différentes” stigmatisait à la fois la lourdeur des administrations médicales à intégrer des nouvelles techniques – dont certaines cependant antiques – et en même temps la prolifération de charlatans mercantiles distributeurs de diplômes bidons.

De nos jours encore, ne voit-on pas un collège d’Ostéopathie français assurer, dans ses envois publicitaires, que le diplôme de fin d’études qu’il décerne est “le seul Diplôme Universitaire d’Ostéopathie légal en Europe”?

Si la qualité des enseignements n’est pas à mettre en doute, la méconnaissance juridique, voire la volonté délibérée de tromper les participants, peut leur être gravement préjudiciable.

On tombe de Charybde en Scylla quand des cours d’Ostéopathie sont dispensés le soir à des coiffeurs, esthéticiennes.., quand ce n’est pas par correspondance, et pourquoi pas sur Internet?

Certes, des Kinésithérapeutes et des Médecins ont obtenu des certificats et diplômes
d’écoles” françaises compétentes ; le Docteur Jean-Louis GARCIA, Président du Syndicat National des Médecins Ostéothérapeutes Français (S.N.M.O.F.) reconnaît lui-même “que des médecins généralistes, rhumatologues ou médecins réeducateurs sont initiés aux traitements manuels après être passés par des écoles privées três sérieuses, ou par les formations poussées qu’offrent une quinzaine d’universités aux docteurs en médecine.”

Il n’empêche qu’à part Bobigny (malgré un nombre d’heures d’ostéopathie nettement insuffisant pour une pratique correcte) comment un médecin peut-il être valablement habilité à pratiquer ce qu’il n’a pas appris si ce n’est dans des enseignements parallèles et privés, assurés par des non-médecins ? Ces derniers qui se voient conférer le droit d’enseigner, se voient refuser celui d’exercer.

Il s’agit là, pour les uns et les autres, d’une “situation ubuesque qui ne saurait se pérenniser et sur laquelle il convient d’attirer l’attention de l’Université”.

Le Comité de Défense des Médecines Alternatives (CODEMA) déclarait en 1986 : “il n’est pas sain, dans une démocratie, de laisser dans la marginalité des méthodes intéressant 83 % des Français. Toute pratique largement utilisée par un peuple fait partie intégrante de son patrimoine culturel ; elle ne peut être condamnée, écartée, bannie, sur des critères d’orgueil scientifique. La liberté d’un choix éclairé et responsable doit être laissé à chaque citoyen ».

La santé et l’avenir de l’espèce humaine sont aujourd’hui, plus que jamais, menacés. Traumatismes, troubles psychiques, nocivité des produits chimiques, abus de médicaments, pollutions diverses : le corps humain subit à un rythme de plus en plus accentué de multiples agressions. Phénomène spécifique au monde moderne, d’ailleurs dénoncé dans de fréquentes mises en garde.

Il est temps, en effet, que les pouvoirs publics – à l’heure où ils semblent soucieux de veiller à la qualité de la vie des Français dans une société qui se veut libérale – prennent enfin en considération l’OSTEOPATHIE.

L’ostéopathie, que l’on ramène à tort à une smple technique de manipulation des membres et de la colonne vertébrale afin de traiter des accidents articulaires, fait pourtant quotidiennement ses preuves. Elle doit être reconnue comme un savoir contribuant à soulager et à guérir la douleur des hommes.

Les maladies fonctionnelles sont désormais plus fréquentes.

Constamment mis à contribution, physiquement et psychiquement, l’homme d’aujourd’hui est plus mûr pour présenter des troubles du comportement ; les grands systèmes : digestif, rénal, cardio-vasculaire, sont atteints.

Ces affections sont bien souvent dues à un déséquilibre du système neuro-végétatif.

Indépendamment de ces causes psychosomatiques, les cas de surmenage fonctionnel se multiplient de leur côté : cadences de travail accentuées, mauvaises positions du corps prolongées pendant des heures. Que ce soit pendant le travail, le transport ou même les loisirs.

La civilisation automobile a ici sa part de responsabilité.

C’est donc la structure de l’être humain qui est en cause. C’est sur cette structure et ce qui s’y rattache que l’ostéopathie présentera son action thérapeutique.

Soit pour prévenir, soit pour guérir.

L’ostéopathie se réfère, tout simplement, aux sciences de base que sont l’anatomie et la physiologie. Elles-mêmes enseignées dans les facultés de médecine et les écoles d’ostéopathie.

Il y a une relation intime entre les systèmes sympathique et parasympathique, les glandes endocrines, les viscères et le psychisme de l’être humain. Ce que la médecine allopathique réalise à l’aide de substances chimiques pour stimuler ou inhiber ces systèmes, l’ostéopathe tend à l’obtenir par le jeu de ses mains sur ce clavier thérapeutique que représente la colonne vertébrale, puis les autres structures articulaires. Il ne prétend pas tout soigner et tout guérir, personne ne peut le prétendre.

Comme la médecine classique, l’ostéopathie a, elle aussi, évolué. Elle connaît ses possibilités et, bien sûr, ses limites. Elle n’a pas l’intention de soigner, par exemple, le tétanos, le cancer ou la tuberculose. Elle veut simplement apporter sa contribution à la santé publique, surtout dans le domaine des maladies fonctionnelles.

Gérard Sueur prévoit que, dans les années à venir, l’orientation généraliste se fera certainement vers les thérapies globalisantes, dites holistiques, permettant d’appréhender la plainte du patient d’une façon toute autre.

Symptômes et maladies ne seront certainement plus cachés systématiquement, comme aujourd’hui, mais seront écoutés et serviront de levier, de tremplin à la résolution d’un mal-être plus profond.

Ce ne seront ni les thérapeutes, ni les juristes, ni les politiques qui amèneront ce changement radical, mais bien les patients eux-mêmes, car ces derniers prennent de plus en plus en charge leur santé. »

Chaque année en France, 300.000 personnes nouvelles s’adressent à un praticien ostéopathe professionnel.
Ce sont souvent des personnes qui viennent à l’ostéopathie à la suite d’autres traitements, non suivis d’effet.

L’ostéopathe va donc pratiquer un bilan complet, en interrogeant son patient sur son histoire, son mode de vie… afin de rechercher la ou les causes réelles des troubles apparents.

Grâce à une exploration manuelle précise et approfondie, il détectera le point primaire, origine des tensions et des blocages qui restreignent la mobilité du consultant.

Tel un horloger minutieux, il considérera l’un après l’autre ces rouages complexes, qui font la santé ou la maladie de l’homme, pour les mettre en harmonie, et restaurer leur bon fonctionnement les uns par rapport aux autres, réglage après réglage.

A toutes ces médecines, entretemps apurées, de s’intégrer dans un ensemble cohérent : la science médicale aura alors franchi une nouvelle étape, atteint une nouvelle marche d’où partiront les progrès futurs.

Tel un professionnel attentif à ne pas forcer un mécanisme, un boulon grippé, il écoutera, progressera pas à pas, cherchera à obtenir de l’organisme humain une réponse à ses interventions manuelles. Il saura, dans certains cas, attendre.

Pierre CORNILLOT, doyen de la Faculté de Médecine de Bobigny, constate que « l’étonnant engouement du public français pour les médecines parallèles doit être, au moins en partie, compris comme la conséquence de l’inaptitude de la médecine occidentale à couvrir de manière satisfaisante certains besoins en rapport avec la souffrance, la maladie, l’infirmité et la mort. Que ces besoins se rapportent souvent à des situations pathologiques qui ne mettent pas directement en cause la vie des patients ne change rien au fait que l’évolution dominante de notre médecine la pousse hors de son champ social de référence.

Médecine d’exception, elle ne peut plus prétendre à l’universalité. Cet évènement ouvre déjà à lui seul de vastes perspectives. Mais l’intrusion des médecines différentes dans le même champ social a permis d’observer qu’elles étaient porteuses de messages qui leur sont propres : la prise de conscience du caractère relatif de nos conceptions médicales, et de la nécessité d’élaborer un discours plus complet dans ses dimensions scientifiques et sociales est facilitée par la preuve que d’autres pratiques médicales existent.

En témoignant qu’il peut exister d’autres manières d’appréhender l’homme dans sa maladie, ces dernières aident à comprendre que les temps sont proches, sinon déjà venus, où une nouvelle conception de la santé et de la maladie, et à travers elle une nouvelle médecine, devra impérieusement voir le jour pour permettre à toutes ces médecines entre. »

Dans son éditorial du 05/03/1991 de la revue « Le Généraliste » le docteur Daniel DELANOË en présentation du dossier « médecines alternatives, pratiques controversées » et plus spécifiquement des manipulations vertébrales et de l’ostéopathie rappelle que « ce dossier reprend les données présentées lors d’un récent congrès de médecine manuelle qui avait su réunir rhumatologues, orthopédistes et ostéopathes.

Pour certains les manipulations vertébrales proprement dites semblent fournir, dans des conditions précises, un apport intéressant. Une évaluation rigoureuse serait sans doute nécessaire. L’ostéopathie, comme d’autres pratiques alternatives, repose sur une physiopathologie et une nosologie particulières, dont l’articulation avec le savoir médical peut être problématique, voire incompatible quant il s’agit de traiter la globalité du sujet par des mobilisations des os du crâne … Quoi qu’il en soit, l’ostéopathie existe et peut

Une étude britannique* a cherché à préciser les modalités du recours aux soins non Orthodoxes (acupuncture, chiropraxie, homéopathie, phytothérapie, naturopathie, ostéopathie).

La clientèle « non orthodoxe » diffère notablement, par l’âge, de la clientèle de médecine générale, : peu de sujets âgés (15 % au-dessus de 65 ans), très peu d’enfants (2 % au-dessous de 16 ans). Les deux tiers consultent pour la première fois des praticiens non orthodoxes. La majorité (64 %) a reçu d’un médecin généraliste ou d’un spécialiste, un traitement orthodoxe pour son problème. Les trois quarts des patients consultent pour un problème de l’appareil locomoteur (78 %), les autres motifs de consultation allant de 5 % (pour les problèmes neurologiques) à 0, 1 % (pour l’ophtalmologie).

Les patients ayant recours simultanément aux deux systèmes de soins se plaignent surtout de céphalées, de troubles atopiques, d’arthropathies.

Il apparaît que la majorité des patients ayant recours aux médecines alternatives n’ont pas fui la science et continuent à utiliser la médecine orthodoxe. Les médecines alternatives semblent utilisées plus comme un complément qu’en tant que substitut à la médecine orthodoxe. Cette situation a toutes les chances de se perpétuer dans les prochaines années.

On peut déceler dans ces pratiques une part de fonctionnement magique : inexplicable, imperméable au rationnel, inentamée par l’échec, que la médecine ne pourra en effet jamais plus donner.

L’ostéopathie existe et peut-être n’est-il pas inutile d’en savoir à ce sujet autant que les patients.
* British Médical Journal, 26 janvier 1991