Un concept

« L’Ostéopathie n’en est seulement qu’à son début.
C’est une grande Amie, inconnue, dont nous ne connaissons que le visage »

Cent ans après, cette sentence de STILL est toujours d’actualité, de même que ses travaux sur la circulation d’un sang sain et d’influx nerveux normaux, gages de bonne santé des organes.

Le mouvement continu exécuté par le sang, pour arriver aux différentes parties du corps – mouvement qui se poursuit sans arrêt, à travers les vaisseaux aboutissant au coeur et à travers ceux qui du coeur se ramifient dans tout l’organisme -, constitue la circulation du sang.

Les artères sont de petits vaisseaux cylindriques formés de fibres musculaires, que l’on peut comparer à des rivières microscopiques, lançant dans leur cours un petit ruisseau dans chaque muscle.

Les veines, au contraire, reçoivent le sang et le conduisent au coeur, d’où il est projeté dans les poumons par l’artère pulmonaire.

Il résulte de cela que le coeur joue le rôle de pompe à double effet, aspirant et refoulant successivement le sang par les veines et les artères.

Or, il est évident que lorsqu’un muscle contracté comprime une ou plusieurs des nombreuses veines qui le sillonnent en tous sens, le coeur en est aussitôt affecté et que tout le système circulatoire s’en trouve bouleversé. Longue est la liste des maladies qui sont la conséquence d’une contraction musculaire anormale et qui, de ce chef, peuvent être facilement soignées et guéries par un système ayant pour objet la suppression de cette contraction et, partant, le rétablissement de l’activité fonctionnelle normale.

Parlons maintenant des nerfs.

Ceux-ci ne gouvernent pas seulement les fonctions respectives des muscles et des différents organes, mais ils règlent aussi le calibre des veines et contrôlent, avec une extrême précision, le mouvement circulatoire du système pulmonaire et de la veine porte, lorsque la circulation n’est ni oblitérée ni gênée par le moindre déplacement d’un os ou la plus légère contracture d’un muscle.

Le centre du système nerveux, c’est-à-dire l’axe cérébro-spinal, se compose de la moelle épinière, du bulbe, du cervelet et du cerveau.

La moelle épinière est un grand cordon qui réunit le cerveau à l’immense réseau des nerfs. Comme la plupart des nerfs prennent naissance dans la moelle épinière, et que celle-ci est reliée au cerveau, dont elle est considérée comme l’appendice, on comprendra aisément que la compression d’un nerf rompant la communication entre le cerveau et une partie plus ou moins éloignée du corps, peut amener la paralysie de cette région.

Les fonctions des organes digestifs, du foie, du pancréas, des reins, et même celles du coeur, peuvent être réglées par la simple pression de la main sur un centre nerveux de la moelle épinière.

Nous avons amplement démontré que l’homme est une machine,
et nous avons posé la pierre fondamentale de notre méthode
qui consiste dans le traitement des maladies par de simples procédés manuels
sans le secours d’aucun remède ni d’aucun instrument de chirurgie.
Par la simple pression de la main sur un centre nerveux déterminé, vous pouvez accélérer ou ralentir l’action du coeur, et il n’en faut pas davantage pour régulariser les fonctions de l’estomac, des intestins, du foie, du pancréas, des reins, etc…

Nous ne nous étonnerons plus de voir un muscle se contracturer sous l’influence d’un refroidissement ou à la suite de la fatigue produite par le travail journalier, ni de constater un défaut de nutrition dans un point quelconque du corps, occasionné par l’oblitération d’un petit vaisseau.

Nous comprendrons facilement que le manque de nutrition affaiblisse un organe et l’empêche de remplir son rôle dans les conditions que la nature lui a assignées, et nous comprendrons aussi sans peine pourquoi la médecine ordinaire n’atteint jamais son but en pareil cas.

Après avoir passé en revue les os, les nerfs et le sang, disons un mot des muscles, qui régissent la marche et les mouvements de cette admirable machine.

Le tissu musculaire, ayant uniquement pour fonction celle de se contracter, est disposé et fixé aux os de telle manière que sa contractilité puisse librement s’exercer, lorsqu’elle est appelée à actionner un organe. Les muscles tiennent du cerveau et de la moelle l’activité fonctionnelle et la force intrinsèque.

Le système nerveux et le système circulatoire, fonctionnant librement à travers des centaines de muscles contractés ou relâchés, constituent donc, à eux seuls, une section extrêmement importante du mécanisme humain, et nous pouvons dire que la cause d’une maladie quelconque doit être recherchée dans la contracture d’un muscle qui, en restant dans cet état, paralyse l’action de la force vitale ».

Centres ostéopathiques

L’ostéopathie fonde sa prétention d’être placée au rang de science thérapeutique sur ce fait qu’il existe une relation finie et définie entre un organe déterminé et le système nerveux central.

Ce rapport est assuré à travers les segmentations des nerfs spinaux ou à travers le système nerveux neuro-végétatif par le moyen de diverses ramifications.

Les médecins ostéothérapeutes évincent qu’un dérèglement de la mécanique vertébrale puisse influencer, par l’intermédiaire de circuits neuro-vasculaires, le fonctionnement d’un organe.

Les médecins ayant étudié l’ostéopathie traditionnelle raisonnent à l’inverse et réfutent cette prise de position volontairement réductrice et, de toutes façons, archaïque.

Ainsi le Docteur R. LAVEZZARI :

« On admet bien que l’oblitération d’une artère importante puisse produire une gangrène…
Il serait, dans ces conditions, illogique de ne pas admettre que la simple compression
de cette même artère puisse produire des effets pathologiques, névralgiques ou autres,
dans l’organe correspondant »

Plus près de nous, à l’aube des années 90, le Docteur J. AMOYEL :

« On ne peut qu’admettre, sans contestation possible, que la colonne vertébrale,
pièce fondamentale de l’organisation architecturale du corps humain,
constitue un ensemble bien vivant répondant et s’adaptant aux différentes nécessités de la vie. Elle est en perpétuel mouvement. Il faut bien reconnaître que sa situation en profondeur ne facilite pas et n’a pas facilité son abord, ce qui expliquerait, certes en partie seulement,
que ses lésions mécaniques mineures potentielles aient pu longtemps passer inaperçues »

Rapports neuro-végétatifs
(Sympathique, parasympathique)

Une musculature puissante retient, contient et réunit les vertèbres entre elles, les unes au-dessus des autres pour former l’axe longitudinal vertébral, rigide et souple à la fois, capable de soutenir le tronc et d’assurer la station debout et son équilibre.

Les muscles obéissent à un mode de contrôle automatique.

Il est alors facile d’imaginer que chaque petite vertèbre tient en place grâce aux insertions de muscles agonistes et antagonistes qui permettent les mouvements de flexion et d’extension.

Par ailleurs, ces vertèbres sont reliées par des muscles longs dont les insertions peuvent aller s’agripper à des structures parfois en dehors de leur voisinage.

On ne s’étonnera donc pas que tel blocage vertébral localisé retentisse sur des zones vertébrales lointaines et donne lieu à une symptomatologie trompeuse, douloureuse à distance, dont l’origine peut rester longtemps méconnue.

Toute médecine manuelle se doit d’analyser :

*Pourquoi la répercussion sur le système nerveux végétatif et en particulier sur les filets nerveux qui gèrent les fonctions des organes permet de comprendre l’apparition de certains troubles viscéraux, souvent insoupçonnés, dont l’origine mécanique longtemps réfutée ne fait plus de doute.

* Comment on a, en effet, refusé à un dérèglement de type subluxation ou de grippage vertébral la possibilité de provoquer une douleur névralgique associée à une atteinte par perte ou insuffisance de commandes nerveuses et vasculaires au niveau d’un organe ou d’un tissu.

Le concept ostéopathique a, depuis Still, bien évidemment évolué.

Il reste toutefois tributaire – malgré les convictions et convenances personnelles de ses disciples même très éloignés – de la certitude de leur maître à considérer l’être humain comme chef-d’oeuvre de la nature.

Les aphorismes de Still sont nombreux.

Citons entre autres:

« Le corps humain ne fonctionne pas en unités séparées, mais comme un tout harmonieux »
« La maladie a pour cause des anomalies anatomique
qui entraînent un dérèglement d’ordre physiologique »
« Il n’appartient pas au praticien de guérir le malade.
Son rôle est d’ajuster une partie ou l’ensemble du système
de sorte que les courants vitaux puissent s’y répandre et irriguer les parties affectées »

L’état de santé est donc conditionné par une libre circulation des fluides du corps.

Toute entrave sera à l’origine de stases entraînant des contractures, des états congestifs, inflammatoires et même infectieux. L’accumulation des déchets entraînera une modification du terrain et favorisera l’évolution des germes, comme l’a souligné Claude BERNARD :

« le microbe n »est rien, le terrain est tout ».

Gérard SUEUR nous indique clairement :

« L’ostéopathie est la thérapie du non-mouvement par la mise en libre mouvement »
car elle consiste à trouver les éléments anatomiques qui ne sont plus libres dans leurs mouvements propres ou dans les mouvements liés à une dynamique générale puis à les traiter afin qu’ils recouvrent leurs libres mobilités physiologiques.

Ce manque de mouvement s’exprime, dans le vocabulaire d’A.T. STILL, par une différence de température et de texture des tissus et par une statique de positionnement perturbée.

L’Ostéopathie ne fait que reprendre, systématiser et développer, à partir d’une connaissance anatomique précise, ce qu’instinctivement nous réalisons lorsque l’un de nos proches souffre.

Hormis certains accidents entraînant de vrais déplacements osseux nécessitant des réductions par des médecins spécialistes, il est fréquent de rencontrer, suite à des traumatismes, à des troubles de la statique vertébrale, à des déséquilibres du bassin, etc… des tensions anormales qui s’installent dans le système fascio-musculo-aponévrotique.

Par voie de conséquence, le système ostéo-articulaire sera gêné dans sa fonction essentielle :
le mouvement.

Telle ou telle articulation deviendra hypomobile, elle ne présentera ni déplacement ni blocage total, elle présentera une restriction de mobilité.

N’importe quelle articulation du corps humain (colonne vertébrale, bassin, membres, crâne) peut être affectée par ces défauts de mobilité reflétant les tensions anormales qui s’exercent sur elle et que les ostéopathes appellent : dysfonction somatique.

On comprend facilement l’importance de cette dysfonction somatique quand on sait que les tissus de soutien jouent un rôle important dans la circulation des fluides du corps (sang, lymphe, liquide céphalo-rachidien) et sont des lieux d’échange permettant aux cellules de recevoir les substances dont elles ont besoin pour vivre, et de drainer les déchets qui les encombrent.

Notre corps composé de cellules est à l’image d’une cité avec ses habitants.

Si le ravitaillement ne parvient pas dans la cité, c’est la famine, la maladie et la mort.

De même, si les éboueurs se mettent en grève, les ordures s’accumulent, c’est l’asphyxie et la mort de la cité.

Les Facultés de médecine reconnaissent que chaque fois que les articulations ou les parois du corps sont soumises à une agression mécanique directe, telle qu’un coup, une chute, une entorse, etc. , une inflammation plus ou moins importante se développe dans les tissus affectés.

Le degré de l’inflammation dépend d’une part de la nature et de la sévérité du traumatisme et d’autre part de l’état antérieur du tissu affecté. On verra donc une congestion, tuméfaction et diffusion des fluides sanguins et des cellules d’importance variable.
Une simple entorse de la cheville est un exemple typique de ces divers processus.

La nature et l’origine de cette réponse inflammatoire est simple, puisque des forces physiques connues en sont la cause.

Avec le temps, pourront se greffer sur ce tableau simple d’inflammation aiguë, des processus chroniques, d’ordre infectieux, scléreux ou autres qui compliqueront la clinique.
Elles ont d’ailleurs leurs propres solutions thérapeutiques.

L’idéal serait, suivant la gravité des lésions, de travailler de concert. Cela se fait, par contre, à l’échelon particulier et les exemples ne manquent heureusement pas d’entente parfaite entre médecine et ostéopathie.

Harrison H. Fryette estime qu’en ostéopathie, « les notions de physiodynamique sont, en fait, les instruments privilégiés de toute recherche étiologique chez un malade. En effet, l’originalité du concept ostéopathique réside dans la compréhension et l’évaluation du rôle essentiel joué par certaines modifications somatiques caractéristiques, connues sous le nom de « pathologie structurelle » (1) dans le processus de la maladie, tant dans sa phase étiologique que dans sa période d’état; le diagnostic et la thérapie ostéopathiques découlent naturellement de cette compréhension. En revanche, la médecine physique ne représente qu »un amalgame de techniques, baigné dans des concepts conventionnels. On ne retrouve pas dans la médecine physique cette unité de concept. »
(1) ou « dysfonction somatique » selon la terminologie actuellement acceptée par l’American Ostéopathic Association

La profession ostéopathique reste très reconnaissante au Docteur Louisa BURNS pour les longues recherches qu’elle fit sur les modifications tissulaires et circulatoires survenues après traumatisme artificiel des articulations rachidiennes ou autres.

Elle put démontrer qu’à la suite de ces traumatismes de l’appareil locomoteur, il se produisait certains changements inflammatoires simples dont l’amplitude était généralement directement proportionnelle à la sévérité du traumatisme.

Les conclusions tirées de ces recherches faites sur l’animal
sont généralement considérées par la profession ostéopathique
comme étant applicables à l’homme.

En général, ce traumatisme d’une partie de l’appareil musculo-squelettique retentit sur une articulation, soit directement, si le point d’impact coïncide avec l’articulation elle-même, soit par l’intermédiaire d’un ou de plusieurs des os qui forment cette articulation.

Par conséquent, les muscles, les tendons, les ligaments et la capsule articulaire sont généralement affectés et sont le siège d’une réponse inflammatoire.

Lorsqu’une contrainte est appliquée sur une articulation et ce dans une direction qui ne coïncide pas avec la direction de l’axe normal de cette articulation (par exemple une contrainte latérale contre l’articulation du genou), les muscles et les ligaments de soutien subissent un traumatisme asymétrique.

Dans les cas extrêmes, les muscles et les ligaments qui subissent l’impact maximal peuvent se déchirer, entraînant ainsi une dislocation.

Dans les cas moins sévères, où il n’y a pas déchirement des tissus de soutien, certaines structures seront tout de même plus affectées que d’autres sur un côté ou sur une partie de l’articulation.

Il y aura, par conséquent, davantage de tension, de contraction et d’inflammation dans certains muscles et ligaments. Par conséquent encore, l’articulation au repos se trouvera donc maintenue dans une position anormale et forcée, souvent à l’extrême d’une de ses amplitudes physiologiques. Cette fixation à la limite ou proche de la limite d’une des amplitudes, et ce, au repos, constitue évidemment une position anormale pour l’articulation, position qui implique que les membres qui la composent, prennent des rapports positionnels ou dynamiques anormaux.

La réaction inflammatoire des tissus de soutien de l’articulation, les tensions, les contractions asymétriques des muscles, de la capsule articulaire et des ligaments, les rapports positionnels anormaux en statique et enfin, les restrictions de mobilité, représentent les modifications qui caractérisent toutes les pathologies ostéopathiques de l’appareil locomoteur. Des contraintes anormales s’exerceront sur les tissus de soutien tandis que les charges seront irrégulièrement réparties sur les surfaces portantes.

Le terme de « lésion ostéopathique », que nous pouvons maintenant employer, est utilisé dans le contexte de ce type de pathologie et se rapporte toujours, dans le contexte, à un problème articulaire soit des membres, soit du rachis.

La lésion ostéopathique et sa pathologie ont été décrites ici en tant que phénomènes post-traumatiques suivis d’une réaction inflammatoire; mais il existe des états pathologiques, qui donnent une image clinique semblable à celle décrite ci-dessus pour la lésion ostéopathique, et qui sont consécutifs à une contraction ou un spasme musculaire, d’ordre réflexe ou fonctionnel.

Ces états représentent des manifestations réflexes de maladies viscérales fonctionnelles ou organiques, ou bien des somatisations de problèmes d’ordre psychique.

Ils peuvent survenir dans n’importe quel muscle de l’ensemble thoraco-abdominal (rigidité du quart inférieur droit dans l’appendicite, du quart supérieur droit dans la cholécystite, tension épigastrique dans l’ulcère… ) ;

mais les tensions réflexes les plus courantes sont celles que l’on trouve dans les muscles paravertébraux, et on les rencontrera généralement aux étages rachidiens situés en relation segmentaire avec le viscère malade.

Ces tensions réflexes sont rarement symétriques et elles entraînent donc une traction sur un des côtés de l’articulation vertébrale. La mobilité en est alors affectée, aboutissant à des perturbations positionnelles similaires à celles décrites ci-dessus pour les lésions post-traumatiques.

L’articulation affectée aura une amplitude de mouvement restreinte et deviendra irritable lors d’un traumatisme, même le plus léger.

Ces pathologies musculo-squelettiques, bien qu’elles soient généralement négligées par les autres écoles de médecine, ont une grande importance pour l’ostéopathe.

Elles sont tout d’abord des affections des tissus articulaires et ne peuvent être détectées que par des praticiens ayant reçu une formation d’ostéopathe. Une congestion et une tension ne peuvent être déterminées que par la palpation, elles ne se voient pas à la radiographie.

De même, les restrictions de mobilité sont surtout déterminées par l’évaluation palpatoire de la mobilité articulaire.

Les perturbations positionnelles sont mineures et ne sont, pour la plupart, pas démontrables à la radiographie, cette dernière forme de diagnostic se permettant surtout d’évaluer la structure osseuse, de détecter des hypertrophies ou des dystrophies, ou encore des phénomènes dégénératifs ou néoplasiques.

En physiologie, il est reconnu depuis longtemps que chaque phase du processus de la vie
n’agit que dans le contexte de l’organisme tout entier
L’unité de fonction est totale.
La stimulation ou la suppression artificielle d’une seule fonction
modifie, dans une certaine mesure, toute la physiologie
de manière temporaire ou permanente.

Les cliniciens commencent à accepter le fait que les réponses du corps aux agents nociceptifs sont complexes et affectent de nombreuses phases de l’activité du corps.

Le corps réagit comme une unité aux traumatismes, aux processus infectieux, aux chocs psychiques, aux problèmes de nutrition, aux toxines chimiques et aux agents physiques nociceptifs.

Les réactions du corps à ces différents facteurs étiologiques se ressemblent : modifications circulatoires locales ou générales, activation du système cortico-surrénal et d’autres tissus endocriniens, activation du système nerveux végétatif et du système de thermo-régulation, etc. Celles-ci ne sont que des réactions intrinsèques envers différentes sortes de stress, et Selye les a incluses dans ce qu’il a appelé le « syndrome d’adaptation générale ».

Grâce à ses travaux, on sait maintenant que les réactions du corps à des stress de nature très différente sont fondamentalement similaires.

En outre, pour Selye, chaque organe et chaque fonction vitale du corps participe à ces deux conditions fondamentales de la vie que sont l’adaptation et la résistance.

L’originalité de l’école ostéopathique réside dans l’incorporation dans ce concept
du rôle fondamental joué par les tissus musculo-squelettiques
(articulations, muscles, tendons, ligaments, cartilages et capsules articulaires)
et le système nerveux dans les processus pathologiques.

L’ostéopathie reconnaît la constance avec laquelle les tissus musculo-squelettiques sont agressés, directement ou par voie réflexe, toutes les fois que l’organisme subit un stress ou un choc. Le terme de « composantes somatiques de la maladie » a été utilisé pour exprimer cette constance d’affection des tissus musculo-squelettiques.

Ces composantes somatiques de la maladie peuvent être d’ordre post-traumatique et constituer le facteur pathologique principal chez le sujet atteint.

D’un autre côté, ils peuvent être la conséquence de troubles émotifs ou viscéraux.

Le retentissement médullaire des pathologies de l’appareil viscéral ou locomoteur est une hyper-irritabilité des étages médullaires en rapport métamérique avec les tissus affectés ou, en d’autres termes, leur maintien dans un état sous-liminaire prêts à décharger sous la moindre influence.

Ces modifications et ce bouleversement neuro-physiologiques
constituent la pierre angulaire de l’ostéopathie.

Ils sont responsables de bien des variations dans l’homéostasie, le rythme viscéral, la résistance et l’adaptabilité générales, et peuvent éventuellement influencer n’importe quelle fonction viscérale. Ce déséquilibre neurophysiologique, en plus des conséquences orthopédiques directes de la lésion ostéopathique, est capable de conditionner ou de modifier les capacités de réponse du corps aux agressions de n’importe quel type.

L’expérience ostéopatbique a montré que l’application experte et spécifique de forces destinées à normaliser les rapports structurels et fonctionnels, relâche les tensions dans les muscles, les ligaments et les capsules articulaires, toute structure ayant un rôle important dans le maintien de la pathologie de la lésion.

Le relâchement de ces tensions persistantes peut parfois être obtenu rapidement ou en peu de traitements.

Dans d’autres cas – de nouveau en fonction de la durée de la pathologie, du tonus musculaire de l’individu, des maladies précédentes etc…-, plusieurs traitements seront nécessaires avant que la fonction et le tonus de la région affectée soient normalisés.

Un traitement efficace élimine toute gêne musculaire ou articulaire, locale ou générale.

En même temps, le « stimulus » sensitif émis par les tissus affectés est réduit en volume et en fréquence, ce qui diminue l’irritabilité du centre médullaire en relation métamérique.

Au fur et à mesure du rétablissement d’une activité réflexe plus normale, les effets éloignés ou rapprochés de la lésion régressent.

Bien que l’ostéopathie ne prétende pas que la lésion ostéopathique soit le facteur étiologique principal dans toutes ces pathologies, il faut cependant la considérer comme un facteur de terrain ou, en d’autres termes, un facteur sensibilisant et prédisposant, d’une importance clinique fondamentale.

A ce sujet, Alan STODDARD rappelle :

« Qu’une lésion ostéopathique vertébrale est une condition dans laquelle
la mobilité d’une articulation vertébrale se trouve altérée,
avec ou sans modification des positions réciproques des vertèbres adjacentes.
Quand il y a modification de ces positions, c’est toujours
à l’intérieur des champs du mouvement normal de ces articulations. »

Sans doute, celui qui travaille « à l’extérieur » de ces champs est-il un chirurgien, un médecin vertébrothérapeute ou ostéothérapeute mais certes pas un ostéopathe !

En digne représentant de l’ostéopathie de STILL, J.C. ALLIRAND approuve bien évidemment et incite à juste titre ses lecteurs, sinon à chercher la définition la plus appropriée du vocable manipulation, du moins à établir un distinguo entre les divers courants qui en préconisent l’utilisation.

La manipulation articulaire, dans le domaine médical est l’art de donner à une articulation un positionnement nouveau dans l’espace. Ce terme de manipulation est donc improprement utilisé puisqu’il peut aussi bien signifier que l’on fait jouer l’amplitude articulaire normale ou que l’on force une articulation au-delà de ses limites.

Le terme ajustement est plus précis et montre que l’acte doit être spécifiquement adapté à l’articulation en cause. Mais seuls les Anglo-Saxons l’utilisent, ce qui semble démontrer dès le départ que la méthode comme le mot n’aient pas été compris chez nous et soient la cause de luttes âpres et sectaires.

John Guymer BURTON, élève de LITTLEJOHN, ancien Président de l’Association des Ostéopathes Britanniques, recommandait à ses élèves:

* de n’accepter « la théorie des germes » dans la causalité de la maladie que jusqu’à un certain point, car les micro-organismes ne peuvent produire une maladie que si les forces naturelles de résistance et d’immunité, ainsi que les facultés d’élimination des points métaboliques, ont été diminuées ou supprimées.

* de démontrer que les lésions structurales et les erreurs diététique prédisposaient aux infections microbiennes.

Des expériences récentes en immunologie ont confirmé la justesse des théories d’A.T. Still concernant l’immunité naturelle que possède tout être humain à condition que sa circulation sanguine ne soit pas entravée. C’est le meilleur rempart contre les infections.

Ces études ont montré qu’on trouve dans le sang des bactéricides qui détruisent les germes, des bactériolysines qui les dissolvent, des agglutinines qui retardent leurs mouvements, des antitoxines qui neutralisent leurs poisons, des opsonines qui les rendent plus faciles à « digérer » par les globules blancs chargés de leur destruction.

« Il est possible que les germes déterminent la nature de la maladie; mais préalablement à toute infection, il doit exister, et il existe en fait, un agent ou une cause première qui, par son ingérence nuisible dans l’innervation et la vascularisation normales, a diminué la vitalité ou la résistance de la région affectée, la prédisposant ainsi à l’invasion microbienne »
(P.H.. Woodall, « Osteopathy »).

Si la machine humaine est parfaitement ajustée et convenablement nourrie, elle restera relativement exempte de maladie, elle durera plus longtemps et fonctionnera plus efficacement.

Les ostéopathes furent les premiers praticiens à reconnaître la fréquence des inégalités
des membres inférieurs et les répercussions que cela entraînait dans la statique vertébrale
en premier lieu, puis au niveau des organes et des viscères par fascias interposés.

C’est ainsi que certains troubles fonctionnels des systèmes cardio-respiratoire, digestif, génito–urinaire (palpitations, extra-systoles, troubles tensionnels nerveux, aérophagie, gastrites, etc…) peuvent trouver soulagement grâce aux soins ostéopathiques.

Il faut souligner en outre le rôle capital qu’ils jouent dans la prévention, en particulier quant à la facilitation des accouchements ; des problèmes de présentation du bébé, des problèmes de bassin chez la future parturiente peuvent être résolus quelques jours avant la délivrance.

« Les soins ostéopathiques prénatals et post-natals sont d’une valeur inestimable en favorisant un accouchement aisé et en prévenant des complications toujours possibles. Par un traitement doux et efficace, l’ostéopathe peut détendre et mobiliser la colonne lombaire, le bassin et les articulations des hanches de la future maman, relaxant ainsi le canal de l’accouchement et assurant une délivrance facile et sans danger. »

Un autre domaine de prévention fort utile est à considérer chez les enfants qui peuvent bénéficier d’une sorte de révision périodique ostéopatbique afin d’échapper à beaucoup de maladies habituelles de l’enfance et de grandir d’une façon plus robuste et plus saine.

On ne peut guère imaginer de méthode préventive supérieure à l’ostéopathie puisque ses praticiens n’ont pas besoin d’attendre l’apparition effective de la maladie ou de troubles de la statique pour commencer le traitement.

Ces troubles, une fois installés, entraînent des effets nocifs, provoquent une fatigue prématurée et excessive, tassent ou déplaçent les organes et gênent ainsi leur bon fonctionnement.

De nombreux cas de mauvaise santé générale, de fatigues, d’indigestion, de troubles hépatiques et de constipation chronique sont imputables à une mauvaise posture et à des habitudes physiques défectueuses.

L’Ecole Ostéopatique fut la première à exprimer la doctrine du corps humain
considéré comme une machine délicatement ajustée
et sujet par conséquent à des lois mécaniques précises :
toute variation de la posture normale ou de la bonne relation
d’un élément par rapport à un autre provoquera un trouble fonctionnel
pouvant lui-même engendrer une maladie organique.

La fatigue est le compagnon inséparable de la mauvaise posture, et c’est ainsi qu’un cercle vicieux s’établit la fatigue aggravant la mauvaise posture, la mauvaise posture aggravant la fatigue.

Irvin M. KORR, physiologiste américain a travaillé pendant trente ans au Collège d’Ostéopathie et de Chirurgie de Kirksville (USA) et a réussi à établir les bases neurophysiologiques de l’ostéopathie.

Il a situé la lésion ostéopathique sur le segment facilité (traduction littérale)

Segment
c’est un segment de moelle épinière ayant sous son contrôle,
par l’intermédiaire d’un nerf rachidien bilatéral, des viscères, des territoires cutanés
des territoires nerveux moteurs, sensitifs ou viscéraux, des muscles, des articu1ations…

Facilité
parce que, électriquement, ce segment de moelle a un seuil d’excitabilité
beaucoup plus bas que ses semblables.
Aussi, lorsqu’un stress mécanique, infectieux ou psycho-émotionnel
sera vécu par une personne, la somatisation s’exprimera de préférence
au niveau de ce segment facilité.

Il devient alors le siège d’un bombardement incessant d’informations l’amenant à répondre par une suractivité de son système nerveux sympathique.

« …Le segment facilité est à la moelle épinière ce que l’allergie est au système immunitaire ».

C’est un dérèglement vers l’hyperexcitabilité de ces systèmes organiques, les amenant à répondre en masse à un stress minime vis-à-vis duquel ils devraient normalement rester muets.. Ce mini-stress sert d’élément déclenchant, d’épine irritative, et est responsable, bien malgré lui, de toute une suite d’adaptations physiologiques de défense…

Une autre personne, pour les mêmes éléments déclenchants pourrait s’exprimer somatiquement d’une toute autre façon en fonction de ses propres segments facilités.

Une dysfonction somatique va donc s’exprimer par une perte ou une diminution de mobilité tissulaire au niveau d’un élément anatomique (os, ligament, fascia, muscle, viscère) qui est en liaison nerveuse directe avec ce segment facilité, et que l’ostéopathe perçoit très bien grâce à certains tests de mobilité.

Le mythe de la vertèbre qui se déplace n’est plus.

Irvin KORR, grâce à ses travaux, a sorti I’ostéopathie de l’empirisme dans lequel certains scientifiques et médecins se plaisaient à la cantonner.

Il a, en outre, dans le respect des principes de STILL, réussi à réunir des courants ostéopathiques divers (organique, crânien) sur la base essentielle d’une recherche pointue en physiologie.

Irvin KORR fonde l’ostéopathie sur quatre grands principes :

* Les articulations et leurs tissus de soutien sont sujets à des dérèglements anatomiques et fonctionnels.

* Ces dérèglements ont des répercussions locales et des répercussions à distance.

* Ces dérèglements sont en relation directe ou indirecte avec d’autres facteurs pathologiques.

* On peut déceler ces dérèglements, et on peut influencer favorablement leurs répercussions locales et systémiques. Celles-ci peuvent être décelées et favorablement influencées par des manipulations.

La lésion ostéopathique se manifeste, en grande partie par des phénomènes locaux et à distance mentionnés dans le principe n0 2

Parmi ces phénomènes, on trouve:

* Une hyperesthésie, en particulier des muscles et des vertèbres.

* Une hyper-irritabilité ; celle-ci se manifeste par des modifications du comportement musculaire.

* Des modifications de la texture du tissu musculaire, du tissu conjonctif et de la peau.

* Des modifications dans la circulation locale et dans les échanges entre le sang et les tissus.

* Des modifications dans les fonctions viscérales et autres fonctions végétatives.

L’histoire de la science physique, biologique ou médicale nous révèle que,
de plus en plus, les obstacles qui séparent les domaines scientifiques
des domaines techniques s’effondrent.

A la suite de certaines découvertes fondamentales, des pans entiers de la recherche scientifique, des écoles de pensée et des concepts d’importance majeure commencent à se développer et à attirer des disciples. Ces domaines peuvent se développer indépendamment les uns des autres, rester séparés et n’avoir aucune relation apparente pendant plusieurs années.

Cependant, au fur et à mesure de l’accumulation des connaissances dans chaque domaine, il devient évident, dans bien des cas, que les cloisons qui séparent deux de ces domaines sont fictives et qu’en fait, ces cloisons n’existent que dans l’esprit des gens.

Chaque domaine commence à recevoir et à donner aux autres un sens supplémentaire. Finalement, ils fusionnent. On ne trouve nulle part ailleurs une meilleure illustration de ces faits que dans les domaines auxquels l’ostéopathie s’est intéressée.

Nous n’avons sélectionné ici que trois domaines majeurs qui, à notre avis, semblent avoir beaucoup de points essentiels et distincts en commun.

Chacun d’entre eux a construit un corps de concept, a donné naissance à une école de pensée ou à une école de pratique. Chacun a une origine différente à des périodes différentes et dans trois pays différents. Ils sont séparés par des milliers de kilomètres et ont évolué dans un contexte très différent.

Aujourd’hui, les obstacles qui les séparaient disparaissent.

Ils ont en commun les concepts généraux suivants :

* Le corps est une unité. Toutes ses parties fonctionnent dans le contexte de l’organisme tout entier.

* La maladie est une réaction de l’organisme pris dans son ensemble. Une structure ou une fonction anormale dans une partie du corps exerce une influence anormale sur les autres parties, et par conséquent, sur l’économie du corps tout entier.

* L’organisme a la capacité inhérente de se défendre, de se rétablir et de résister aux bouleversements qui affectent son équilibre.

*Le système nerveux joue un rôle organisateur prédominant dans le processus pathologique.

* Chaque maladie comporte un élément somatique, qui n’est pas seulement un symptôme ou une manifestation de la maladie, mais aussi un facteur étiologique important de cette maladie.

*Un traitement approprié de cet élément somatique a une valeur thérapeutique très importante, car il conduit à une amélioration des autres éléments.

Les concepts auxquels se réfère Irvin KORR sont les suivants :

* le concept ostéopathique,

* le concept de la douleur projetée et phénomènes associés

* le concept de la maladie développé par A.D. SPERANSKY et ses collègues à Leningrad.

Ces concepts ont eu des origines très différentes, ainsi que des voies de développement très différentes.

Le concept ostéopathique a conduit très vite au développement d’une arme thérapeutique très efficace qui est devenue, depuis plus de 60 ans, la base d’une école de pratique médicale en constante expansion.

Depuis le début, cette arme – la thérapie de manipulation ostéopathique – a été si révolutionnaire et si efficace que le but principal de ceux qui l’ont créée, développée et pratiquée a été :

* d’apprendre comment l’utiliser de la manière la plus efficace,

* de gagner le droit de l’utiliser,

* de déterminer ses effets sur les différentes maladies auxquelles l’homme est soumis,

* de perpétuer l’existence de cette arme, gagner des disciples, la mettre entre leurs mains et leur apprendre comment l’utiliser.

Il est compréhensible que les fondateurs, les disciples et les premiers praticiens de cette école, ayant très peu de ressources matérielles et étant préoccupés à lutter contre ceux qui s’opposaient à eux, ne pouvaient pas entamer à loisir des recherches expérimentales sur l’efficacité de leur arme thérapeutique.

Les fondateurs des deux autres écoles ne découvrirent pas de nouvelles mesures thérapeutiques, au début du développement de leur concept. C’est pourquoi, avec leurs disciples, ils se sont dévoués à chercher les mécanismes généraux qui sont à la base des processus pathologiques et par quelles voies une pathologie dans une partie du corps affecte les autres parties.

Ces recherches ont considérablement élargi notre horizon et font maintenant l’objet d’autres recherches à travers le monde.

Ces programmes de recherches nous ont fourni beaucoup d’informations et nous ont permis de créer une théorie solide. Aujourd’hui, cette théorie, comme toute théorie valable, nous mène à une bonne pratique. De nouvelles formes de thérapie très prometteuses ont été tirées du travail de ces écoles.

On doit espérer que ces formes de thérapies, qui n’en sont encore qu’au stade expérimental, mais qui sont basées sur des données fondamentales en évolution constante, se développeront et amélioreront leur applicabilité et leur efficacité.