Un peu d’histoire

Still

Hommage à Andrew Taylor STILL (1828-1917) pour sa lumineuse découverte.

Car c’est bien lui qui a fondé, puis perfectionné l’ostéopathie, qui en a établi les règles et les méthodes, qui en a fait une philosophie, un art de vivre, un art de guérir, mais aussi un acte de respect et d’amour de son prochain.

Le père de STILL, en tant que pasteur, fermier et médecin, ne voyait pas d’un trop mauvais oeil son fils passionné par la mécanique humaine et la dissection, d’autant plus qu’ils travaillaient ensemble dans une mission de l’Etat du Kansas où se réfugiaient de nombreux Indiens.

Le mensuel « Notre Temps » de janvier 1996 relate anecdotiquement le déclic qui a incité A.T. STILL à faire autre chose que de la médecine:

« Andrew STILL s’était levé de fort méchante humeur, le cerveau dynamité par de violentes migraines. Las, il se décida à s’allonger sur son hamac. Oh! surprise ! En appuyant sa nuque sur l’une des cordes de ce hamac, il nota que sa douleur s’atténuait. Quelques jours plus tard, même constat. Cette fois, sur la corde d’une balançoire. Dès lors, une idée fulgura dans l’esprit de Still et, de cette intuition, allait naître l’ostéopathie, une discipline qui part du principe que toute affection s’accompagne parallèlement d’anomalies au niveau vertébral ou articulaire ».
Le Docteur LAVEZZARI précise que STILL après avoir, plus tard, étudié l’anatomie, put s’expliquer aisément son observation d’enfant. La pression de la nuque sur la corde produisait l’inhibition du nerf grand occipital et faisait détendre tous les tissus du cou, et secondairement la décongestion de toute la tête et une circulation normale dans le cerveau.

Cette action, bien connue de tous les ostéopathes modernes, se fait en grande partie par l’intervention du ganglion cervical supérieur.

STILL, se mit sans relâche à élaborer les grandes lignes de la science qu’il appela « Ostéopathie » en réaction à la médecine et la chirurgie de l’époque qui ne lui convenaient guère. D’autant qu’un événement dramatique, sous la forme d’une épidémie de méningite, emporta en quelques jours trois de ses enfants et certains de ses patients.

Les derniers remparts d’une confiance déjà chancelante dans la médecine de l’époque s’effondrèrent. Mais au lieu de s’en détourner, il se lança alors plus à fond dans l’étude anatomique et physiologique du corps humain, non dans les livres, mais comme il aimait à le répéter, dans le Grand Livre de la Nature.

Avec les squelettes de tous les Indiens du coin, la matière première ne manquait pas.
Il acquit un sens tactile extraordinaire, percevant la moindre anomalie, la plus petite différence.

Il s’entraîna inlassablement à palper aussi les tissus mous vivants, à analyser leur forme, leur situation, leur direction, leur qualité, leur densité.
Sa pratique chirurgicale l’aidait efficacement dans son raisonnement.

De la recherche à la thérapie, le pas fut vite franchi et les succès ne se firent pas attendre.

Ses enfants lui servirent alors d’assistants. Il put ouvrir en 1892, dans l’Etat du Missouri, l’Ecole Américaine d’Ostéopathie de laquelle les meilleurs sortaient, au terme de longues études, diplômés « Docteur en ostéopathie ».

Avec les Facultés de médecine, ce n’était plus la désunion, ce fut le divorce.

Irvin M. Korr rappelle que l’ostéopathie, fondée par A.T.STILL était une méthode de médecine générale, concurrente directe de l’allopathie.
La littérature ostéopathique fourmille de textes sur le traitement des pneumonies lobaires aigus, de l’ulcère gastrique, etc. L’allopathie n’avait alors rien, ou peu de choses, à proposer, nos maîtres beaucoup, mais quels talents ils avaient !

A ceux qui prétendent que la manipulation du squelette n’a aucun retentissement sur les fonctions organiques, nous répondrons qu’ils n’ont tout simplement pas fait l’apprentissage minutieux, pénible parfois, de l’art de réharmoniser les rapports des structures du corps.
Mais l’opiniâtreté de Still fait des émules et lui fait gagner des points ; la médecine officielle est bien près d’admettre certaines de ses théories.

Dans le « Rapport sur les médecines parallèles » il est mentionné qu’à cette époque, en effet « on découvre des relations entre les trajets nerveux, les zones de structures innervées et les viscères ».

Ross, Mackenzie, Head, Jarricot plus tard apportent l’idée de la dermalgie, ou point réflexe, point qui devient sensible quand l’organe correspondant est malade.

On découvre la viscérothérapie, lien entre chaque viscère et un segment de la moelle épinière.

« La médecine officielle est sur le bord d’ouvrir un nouveau territoire. Pourtant la thérapie mise au point par Chapman (points réflexes neuro-endocriniens) reste ignorée du monde officiel. Les fruits ne passent pas la promesse des fleurs. Après avoir ouvert un oeil, la médecine officielle le referme, sans doute parce que, dans la science médicale de la fin du XIXe et du début du XXe, la fascination pour les bacilles, germes, virus et autres microbes, occulte le reste ; la médecine manuelle rate alors son entrée officielle ».

STILL n’eut guère le temps de polémiquer, trop occupé par ses patients, ses recherches, son Enseignement et l’Ecole qu’il venait d’ouvrir dont les objectifs étaient : établir un Collège d’Ostéopathie, améliorer notre système de soins et de traitements par un niveau d’études plus rationnel et plus scientifique et enfin informer la profession médicale.

En 1915 John Martin LITTLEJOHN, ancien élève de STILL, assesseur du doyen de l’Ecole d’Ostéopathie de Kirksviule (USA) et fondateur de l’Ecole de Chicago, rentre à Londres pour fonder la British School of Osteopathy.

En 1920, en France, le docteur LAVEZZARI, de retour des Etats-Unis, pratique l’ostéopathie avec succès. Cependant ses efforts pour l’imposer dans notre pays restent vains.

En 1950, Paul GENY fonde l’Ecole Française d’Ostéopathie.

Impressionné par le succès de cette école auprès des kinésithérapeutes, le Conseil National de l’Ordre des Médecins fait pression auprès des pouvoirs publics, qui ordonnent la fermeture de l’école.

Elle s’installe à Londres, puis à Maistone, où elle fusionne avec l’Institut Ostéopathique de Techniques Appliquées, dirigé par John WERNHAM, ancien élève de Littlejohn, pour devenir l’Ecole Européenne d’Ostéopathie qui délivre un Diplôme Officiel d’Ostéopathie.

Dans les années 70, quelques écoles françaises, exigeant à l’entrée la possession d’un DEMK, ont formé la plupart des professionnels exerçant actuellement en France, et ont tenté de se regrouper au sein d’une Collégiale Académique.

En 1982, le Professeur Pierre CORNILLOT, en tant que Directeur de I’U.F.R. Santé, Médecine et Biologie humaine, introduit l’ostéopathie à l’Université de médecine de Bobigny et charge des ostéopathes non médecins, tous diplômés de l’Ecole Européenne d’Ostéopathie de Maidstone (GB) d’enseigner leur art et pratique à des médecins, dans le cadre d’un programme consacré aux médecines naturelles et sanctionné par un diplôme d’Etat.